ComicCon de Montréal ’11: Conférence avec Neil Adams-la traduction complète

Ce n’est pas à tous les jours qu’on rencontre une légende du comic-book de la taille de Neil Adams.

La réputation qui précède le personnage n’est pas exagérée, tonitruant,impétueux, opiniâtre, allumé et captivant. Un égo aussi gros que ses biceps. Il est aussi un peu cinglé. Il ne faut pas perdre de vue que justement, il est question ici d’un personnage qu’il s’est un peu bâti de toutes pièces au fil des conventions. Polémiste de premier ordre qui carbure aux histoires, si Adams en mène large, il est d’abord et avant tout un homme satisfait de ce qu’il a accompli et content d’être encore là. Il parle de la perspective des Français sur les comics, du Comic Book legal defense fund, des mamelons de Batman, du Joker moderne, de Muhammad Ali, de racisme, de Jon Stewart, de la folie de Dave Sim, de son projet d’antépisode à X-MEN dont il ne faut pas parler et bien sur, de SKATEMAN, le tout avec un cynisme et une satisfaction  qui rappelle parfois George Carlin.

Mais attention, faut pas  faire chier l’homme…ce que j’apprendrai à la dure au cours de la conférence que vous pouvez lire en traduction et écouter plus bas (des extraits vidéos viendront bientôt également). Si les propos d’Adams sont parfois déroutants, ils sont toujours fascinants.

Après quelques interactions avec le public et des tests de son, Adams regarde suspicieusement mon enregistreuse :

 Neil Adams : C’est quoi ça?

Francis Ouellette: Si ça ne vous dérange vous…c’est pour un show de radio…vous allez être dans notre podcast…

Neil Adams (vaguement irrité) : Ok…c’est correct.

Francis :Bonjour tout le monde…tout le monde est assis? Je suis le co-animateur des Mystérieux Étonnants. C’est avec un grand honneur que je reçois pour vous aujourd’hui une légende vivante, Monsieur Neil Adams. Si vous le voulez bien, je fais vous faire une brève intro de sa carrière mais ne perdons pas trop de temps…laissons la parole à la légende (je ne croyais pas si bien dire).

Les amateurs de comics de notre génération se sont familiarisés avec le médium à une époque où il était traversé de réalisme « gritty », de scènes de violencesgratuites et de héros torturés. Nous avons confondus ce que le véritable réalisme est supposé être dans les comics…et le véritable réalisme nous venait de cet homme et de son partenaire Denis O’neil. À mon sen,s ils étaient les premiers de leur génération à parler de sujet importants comme les drogues, la prostitution, le racisme. Il fut aussi un des premiers de sa génération à démontrer un connaissance du langage corporel dans ses illustrations…

…c’était littéralement possible de ressentir les émotions de ses personnages simplement en les regardant…

(À ce moment, Neil Adams s’emmerde complètement…)

 Francis Ouellette : N’était-ce pas le cas monsieur Adams? Hein?

 N.A : Je suis désolé. Je suis en train de m’endormir…

F.O : (je ris nerveusement) J’ai juste une chose à ajouter! La vision contemporaine que nous avons de Batman…les gens pensent toujours qu’elle nous vient de Frank Miller..toujours Frank Miller. Je veux juste ajouter qu’elle nous vient en fait de cet homme et Dennis O’neil. Batman est devenu effrayant et pertinent à nouveau à cause de cet homme. Je voulais juste vous remercier pour cette version modernisée du personnage.

 (Des applaudissements. Adams me remercie mais il s’ennuie toujours)

 F.O: Encore une dernière chose! Cet homme a également mené la bataille à tous les fronts, en ce qui concerne les droits des créateurs  également. Il a entre autre défendu avec succès Jerry Siegel Et Joe Shuster (les créateurs de Superman)

 (D’autres aplaudissments. Adams lève les yeux au plafond)

 F.O: Si vous le voulez bien, je vais vous poser ma première question?

 N.A : Laisses toi aller!

F.O : Durant la période de l’Âge d’argent, on retrouvait beaucoup d’illustrateurs avec un physique impressionnant, des gens comme Jim Steranko, qui était littéralement l’inspiration de son propre Nick Fury. Regardez moi bien cet homme! Je suis sur qu’il était l’inspiration de base pour son propre Green Lantern. Étiez -vous Green lantern et Dennis O’neil Green Arrow?

 N.A (il tousse avec contentement) Laisses moi te raconter une histoire. (ce sera la première de plusieurs)

Voilà quelques années…un gars de France me contacte pour faire une entrevue parce qu’en France, ces trucs là, c’est très sérieux…(il est ironique)

 F.O Vraiment? (je le suis moi aussi)

 N.A Vraiment. Il me contacte et me dit qu’il aimerait venir faire une entrevue pour une émission sur les bandes-dessinées, parce qu’ils ont des émissions sur les bandes-dessinées là-bas…LES bandes-dessinées (en français). Je leur dit : Pfffft certainement. Donc, il arrive avec toute une équipe. Ils étaient très sérieux et fumaient des clopes…je ne sais si vous connaissez quoi que ce soit de la France, mais ils fument des clopes très odorantes et ils les fument dans ton visage.  Je lui dit « vous devez sortir tout de suite vos cigarettes française de mon studio car j’ai ici des américains cinglés qui les détestent… (il a un rire étrange) et ils vont s’en aller!!! ». «Vraiment?» Ils se mettent à sortir leurs cigarettes et les gens quittent le studio. Je leur dis « ne vous inquiétez pas…ils ne fumeront pas ici! Vous pouvez rester!»

On se retrouve dans le studio avec une équipe et Neil donne son entrevue avec les interviewers FRANÇAIS…

(Deux choses qu’il fait absolument expliquer à ce moment de l’entrevue. Comme bien des papis de sa génération et comme certains vilains de comics, Neil Adams aime bien parler de lui à la troisième personne dans ses entrevues, c’est un fait plutôt connu. Il a aussi des opinions inconfortables à propos des toutes les cultures existantes).

…donc, ils préparent l’éclairage, me font un ombrage dramatique et me demande « alors monsieur Adams…monsieur Neiladams (parce qu’en France, ce n’est qu’un seul mot), vous savez que vous avez eu un grand impact sur les comics culturellement et nous croyons que l’Amérique a créé la comédie musicale, le jazz et les comic-book en tant que contribution culturelle. Vous avez une place particulière à jouer dans cette contribution. J’aimerais aborder cette question avec vous…. »

Et je lui répond (il donne un puissant coup sur la table): VOUS, LES FRANÇAIS, VOUS ALLEZ RUINER (en fait, il dit « fuck up ») LES COMICS BOOKS! VOUS AVEZ RUINÉ LES COMÉDIES MUSICALES, VOUS AVEZ RUINÉ LE JAZZ ET MAINTENANT, VOUS ALLEZ RUINER LES PUTAINS DE COMIC-BOOKS EN LES TRAITANT COMME UNE FORME D’ART!!!! VOUS ALLEZ FAIRE DE L’INDUSTRIE DU COMIC UNE PUTAIN DE FORME D’ART…VOUS ALLEZ TOUT RUINER….

(les gens s’esclaffent de bon cœur  devant son moment d’hystérie)

Le visage du journaliste s’est figé et après quelques secondes, il m’a dit en riant, incrédule, « A mister Neiladams, vous vous foutez de ma gueule!!!!! Je comprend ce que vous faites!!

(Il cogne sur la table à nouveau).  C’est la fin de mon histoire….

 F.O : Je ne m’attendais pas à ça…

 N.A : Donc, en ce qui concerne le fait de prendre le comic book trop au sérieux…je suis simplement un gars dans la tranchée en train de creuser, comme n’importe qui, je reste debout 16 heures de temps, je ne dors que très peu et je dessine des comics parce que j’adore ça. Si je vois une injustice, je vais l’arrêter parce que je suis un enfant de pute…pour que les gens sachent que ça me déplait et je vais te hurler à la gueule jusqu’à ce que tu comprennes. Je veux qu’il y ait de l’équité et du respect dans le monde du comic parce que c’est une entreprise familiale. Ce n’est pas une compagnie comme General Motors; nous sommes des idiots qui restent debout 16 heures de temps pour dessiner des pages et certains d’entre nous travaillent tellement fort que nous ne touchons à peine le salaire minimum! Donc ce que vous allez faire, c’est de nous traiter avec un minimum d’équité d’accord? Ils me disent VA TE FAIRE FOUTRE. Et tu sais quoi, je leur dis VA TE FAIRE FOUTRE à mon tour. J’avais raison et ILS AVAIENT TORT!!!!  C’est comme ca!

 F.O : Quelqu’un a envie de faire chier cet homme? Parce moi, je n’oserais pas…

 (Une question en provenance du public concernant le COMIC BOOK LEGAL DEFENSE FUND, une initiative de défense de créateurs à laquelle Adams participe énergiquement).

 N.A : Quand il me contacte, je fais ce qu’ils me demandent. Personnellement, je n’aime pas la moitié de ce qu’ils font mais je pense néanmoins que c’est une bonne chose. Si une boutique de comic met des produits semi-pornographiques à portée de main des enfants je dis « qu’ils aillent se faire foutre ». Par principe, l’organisation défendra cette boutique mais je ne suis pas d’accord. Je pense qu’il est important que l’organisation aide des artistes et des auteurs indépendants en difficulté, que ce soit pour des raisons de santé, de malchance, ou pour les protéger contre ces compagnies…parce que les compagnies sont ce que j’appelle des TROUS DU CUL frétillants! Je ne tiens pas à débattre de philosophie avec vous mais je cite bel et bien Pline le jeune quand je dis que 90% des problèmes de notre civilisation sont le fruit des machinations de TROUS DU CUL frétillants!!! C’est une perspective du monde qui simplifie les choses non? J’ai connu plus d’un TROU DU CUL frétillant et j’ai heureusement aidé le monde à se débarrasser de plusieurs d’entre eux!  Ne veux tu pas aider ton voisin? C’est ce que je fais dans l’industrie.

Laisses moi te raconter une histoire….quand j’ai arrêter de travailler dans l’industrie du comic parce que les choses stagnaient et que je me suis mis à travailler dans le milieu de la pub entre autre chose, je croise Harlan Ellison à une convention, à San Diego je crois…je n’étais plus dans les parages depuis 5 ans. Quelqu’un a demandé à Harlan ce qui allait se passer avec l’industrie si Adams n’étaient plus là et que les compagnies tentaient de retirer leurs droits aux créateurs? Harlan a répondu quelque chose comme « les gens des compagnies auront quand même à faire face aux Fils de Neil Adams! »

 (Je ris nerveusement. Officiellement, c’est le moment où Oncle Neil commence à m’inquiéter)

…parce que tous les artistes qui viennent à mon studio ont appris à se protéger. Personne me fait plus chier les artistes de nos jours parce qu’ils savent se défendre.

 F.O :Voilà qui répond à ma question de tout à l’heure! Il ressemble à Green Lantern, il agit comme Green Lantern, c’est LUI l’inspiration de son propre Green Lantern!

 N.A : Je suis le père de Green lantern.

 F .O : Puis je vous poser quelques questions à propos de Batman?

 N.A : Certainement.

 F.O : Y’a un gars du nom de Christopher Nolan qui a fait quelques films de Batman…une bonne partie de ce qu’on y trouve est directement inspiré de vos créations avec O’Neil. Nolan a affirmé que vous étiez une de ses inspirations principales, avec l’aspect physique de Batman mais également avec les thèmes développés par O’neil au court des années. Êtes-vous satisfait de son interprétation du personnage? Vous avez inventé RA’S AL GHUL…(il fait une moue de peur)…

…je prononce bien RA’S AL GHUL non?

 N.A : J’espère que non parce que ça m’a fait peur.

F.O : On trouve ce vilain dans le premier film et on retrouvera sa fille, Talia dans…

 N.A : Je pense qu’on peut dire sans hésiter que le Batman de ces deux films est de Neil Adams. (encore à la troisième personne!!!)

 F .O : Mais il l’est!

 N .A : Peut être aussi un peu de Dennis…mais laisses moi te raconter une histoire…j’ai toujours une histoire à raconter, je m’en excuse. Dans les films de Batman qu’ils ont fait juste avant (ceux de Schumacher)…on voyait la franchise dégringoler et dégringoler…jusqu’à BATMAN AND ROBIN, quand les costumes avec les mamelons de caoutchouc sont apparus…

F .O (Je pontifie) Des mamelons…des mamelons de caoutchouc.

 N.A : …je me suis mis à imaginer cette histoire : Batman rentre dans une vieille boutique du Lower Eastside de New-York…il y a là un vieux juif qui dit (Adams imite un accent yiddish) « Oy Mister Vayne…j’ai terminé votre costume! C’est le meilleur costume de super-héros que j’ai jamais fait!! Ce sont les meilleurs costumes de Batman et de RAABINE…vous allez adorez. Que pensez vous de ça (en ouvrant un rideau)? Je m’agenouille devant vous! »

« J’ai juste une petite question » demande Batman. « Heuu…les mamelons? Ce sont des pistolets non? On peut tirer avec les mamelons? Je demande ça parce que le costume de la fille n’a pas de mamelons lui! »

 Voilà. C’est mon histoire de mamelons. Ouais…les films de Batman sont devenus beaucoup mieux par la suite.

 F.O : Vous avez certainement aidé à ça. Mais c’était aussi le cas avec Joker. Comme certains d’entre vous le savez peut-être, Joker avait été absent des comics pendant plus de quatre ans avant que O’neil et Adams ne le remettent au goût du jour. La vision moderne du personnage vient d’eux: Joker est devenu dangeureux, effrayant et meurtrier, particulièrement avec votre histoire THE JOKER’S FIVE WAY REVENGE…

Êtes vous satisfait de ce que cette version de Joker est devenue dans la culture de masse?

 N.A : En fait, c’est une chose que m’a confirmé David S. Goyer (le co-scénariste de DARK KNIGHT). Leur Joker n’était pas vraiment basé sur THE KILLING JOKE mais sur notre histoire. Je trouve que c’était sympa de leur part. J’ai toujours trouvé que Dennis était allé trop loin avec sa version du personnage, en faisant exploser des gars avec des cigares…par contre, j’adorais dessiner ça, j’avais du plaisir et il a redonné une seconde vie au personnage. Je pense que traduire en substance le Joker au cinéma est une chose complexe : la scène où il fait un feu de joie avec les piles d’argent par exemple a rendu tout le monde dans la salle  de cinéma complètement dingue! C’était notre Joker. Il faut se rappeler un truc : Dennis O’neil n’a pas commencé en tant qu’auteur mais bel et bien comme journaliste. Il était familier avec les histoires criminelles, particulièrement celles qui arrivent à des heures impossibles de la nuit. Si vous vous rappelez les premières histoires de Batman  de Dennis, on y trouvait aucun super-vilain. C’était surtout des gangsters et des junkies, des trucs avec lesquelles il était familier. Je pense que la chose rendait inconfortable Julius Schwartz (l’éditeur en chef de l’époque) et qu’il voulait de vrais super-vilains. Donc, Dennis a ramené le Joker et en a fait un tueur maniaque! Je pense que les films ont effectivement emprunté notre version du personnage. Ce qui rend la chose intéressante, c’est qu’en donnant assez de liberté à ces créateurs dans l’interprétation du personnage, ils arrivent à faire quelque chose d’intéressant avec la version filmique…peut être même plus que la nôtre. Ce que je n’aime pas, c’est quand ils font précisément le contraire. Je pense que DC Comics et Warner Brother devraient comprendre la leçon donnée par Goyer et Nolan…plutôt que des faires des trucs comme GREEN LANTERN…

(le public a adoré celle là!)

…où ils ont pris la version athlétique du personnage créée par Gil Kane et l’univers extraterrestre créé par Geoff Johns et ils ont complément ignoré notre version à Dennis et moi, celle qui faisait de lui un personnage humain et intéressant. En oubliant ca, ils ont complètement manqué leur coup. S’ils avaient fait comme Nolan et Goyer et adapté notre version du personnage, ils ne seraient pas retrouvés avec un mauvais film! Et voilà!

 (là j’ai du fun en tabarnac!)

 F.O : Quittons Batman. Parlons maintenant de Superman. La première fois que je suis allé dans une convention de comic, je voulais me procurer MUHAMMAD ALI VS SUPERMAN. J’étais pauvre et c’était 85 $…je n’ai jamais pu me l’acheter!

N .A : 85$???

 F.O : Peux-tu croire ça?  85$!! Avec mes co-animateurs, j’ai enfin eu la chance de lire le truc l’an dernier dans le cadre d’une émission (QUE VOUS POUVEZ ÉCOUTER EN CLIQUANT ICI MÊME)  Est-ce que quelqu’un l’a lu dans la salle? Faut vraiment que je vous dise un truc à propos de ce comic: au début, on pensait que ce serait un peu idiot et amusant mais au final, c’était touchant et puissant. C’était aussi d’une grande pertinence sociale. Peut être que c’est même un des plus pertinents de son époque. Il ne vieillit pas, non plus…

 N.A : C’est probablement, jusqu’à maintenant, le meilleur comic jamais fait (le plus sérieusement du monde).

Je ne dis pas ça simplement parce ce que j’ai eu une part énorme à jouer dans sa création. Tous les éléments qu’on peut souhaiter retrouver dans un bon comic, les héros, les problèmes qu’ils ont et la façon qu’ils ont de les régler sont là. La façon dont l’interaction se passe entre les deux héros…tu vois une relation qui évolue jusqu’à la scène finale qui devrait être ridicule, celle de la poignée de main entre les deux héros, qui devient soudain très significative…

Ça devient très important pour les gens de toutes ethnies. La raison pour laquelle ce projet était important pour moi, c’est que j’ai une conscience et qu’elle n’est pas qu’une simple présence sur mon épaule.  C’était important pour nous de prendre position avec ce comic d’une manière positive et forte. Tout le monde s’est foutu de notre gueule à DC Comics quand nous avons proposé le projet.  Muhammad Ali contre Superman? Quel connerie! Ils vont se battre? Le projet avait été proposé initialement par Julius Schwartz. Schwartz est un juif de New-york : ils sont politisés, engagés et assoiffés de justice. C’était important pour lui aussi. J’ai donc dit tout de suite que j’embarquais. Muhammad Ali est un grand héros…c’est peut-être un connard dans la vie mais c’est une vrai héros. Il s’est tenu debout et n’est pas allé à la guerre.

J’ai fait un truc à la fin du siècle pour ESPN magazine; c’était un numéro sur les 100 plus grands athlètes du 20ième siècle. L’éditrice de la revue voulait que je pastiche ma propre illustration de Muhammad Ali Vs Superman pour leur couverture.

Ca a terminé avec Michael Jordan Vs Ali et les 100 autres athlètes en spectateur…dont quatre étaient des chevaux. J’ai mis O.J Simpson le plus près possible des broches de la revue et à côté d’un des chevaux…ca me donnait l’impression de le couvrir un peu de merde de cheval… J’ai accepté de faire  a couverture. C’était un sacré mal de tête, laissez moi vous dire et peu de fans de comic-book l’ont vu au final. Ils ont considéré par la suite que Jordan était le plus grand athlète du 20ième siècle…ce qui est d’une imbécillité totale. Je ne veux pas offenser les maniaques de Basketball… Jordan est magnifique mais il n’est rien en tant qu’être humain comparé à Ali.

 Vous savez, la raison pour laquelle j’ai crée le personnage de Jon Stewart? (Un Green Lantern afro-américain, un des premiers héros noirs du comic)…(Irrité) Arrêtez de faire semblant que vous savez de quoi je parle…

 F.O : Nous savons tous qui est Jon Stewart.  C’est mon dessin préféré de…

 N .A : Ok laisses moi raconter l’histoire!  Il y a une raison pour laquelle je suis ici aujourd’hui plutôt que quelqu’un d’autre…je n’aime pas la connerie. C’est aussi simple que ca. Quand je me suis rendu compte à l’adolescence que j’étais un connard raciste, que tous le monde était des cons, j’ai décidé d’arrêter de l’être. C’est pour cette raison de j’ai lancé cette histoire à Julius Schwartz : « Admettons de Green Lantern ait besoin d’un remplacement… » Schwartz me répond qu’il sait où je veux en venir et qu’il a déjà un remplaçant potentiel. Un personnage blond avec les yeux bleus du nom de Guy Gardner.  Un prof de gym.

Pas que je n’aime pas les blancs…à moins qu’ils ne se mettent en groupe et qu’ils fassent des mauvais trucs…ce qu’ils font souvent. En fait, il ne faut pas faire confiance aux blancs…ils font des trucs comme l’esclavage, entre autre. Bref…vous savez quand vous mettez des gens semblables dans le même groupe, ce n’est jamais une bonne chose. C’est mieux de les mélanger.  Bref…

C’est bien, un prof de gym bond avec les yeux bleus…mais le principe de la bague de Green Lantern, c’est qu’elle est censée choisir le meilleur des hommes. Elle n’a pas choisi Bruce Wayne? Elle n’a pas choisie Clark Kent et aucun de putains de X-men? Elle a choisi au final un pilote de chasse, d’accord…mais un prof de gym? Il me semble que le prochain Green lantern devrait être un asiatique ou un noir non? Schwartz me demande pourquoi. Je lui répond qu’il n’a qu’à regarder les Olympiques…on ne voit jamais de blanc avec des médailles d’or…les blanc ne gagnent qu’au tir à l’arc.

On a donc créé ce personnage noir, architecte, solide, qui se tient debout devant les policiers…le nom que voulait lui donner Schwartz: Lincoln Washington.

(un torrent de rires)

Lincoln Washington? Je dis à Schwartz que c’est un nom d’esclave, le genre de nom qui leur étaient donné et que nous allons offenser à peu près tout le monde.

Donnons lui un nom tout simple. Appelons le Jon Stewart. Comment aurais-je pu savoir qu’il deviendrait un comique réputé quelques décennies plus tard.

C’était avant la venue de Muhammad Ali. Un détail que je trouve hilarant c’est que lorsqu’ils ont fait  le film de  Green Lantern, tous les enfants des États-Unis se demandaient qui était ce gars-là! Pour eux, Jon Stewart EST Green Lantern- dans les dessins animés c’est lui en tout cas!

Disons que j’espère qu’il sera inclus dans le prochain film. Nous avons réussi à introduire ce personnage sans l’objection de personnes, qui est aimé de tous les enfants parce qu’il est…Jon Stewart, tout simplement.

 F.O : Par ailleurs, vous souvenez vous ce que Jon Stewart disait sur la couverture du premier comic où il est apparu…c’était une ligne puissante…

N.A : C’est probablement moi qui l’a écrit…C’était quoi?

 F.O : Il disait «Ils peuvent me fouetter mais je vais sauver Hal Jordan » quelque chose du genre. C’était vraiment courageux je trouve, oser lui faire dire une ligne comme ça.

 (Une question du public)

Pouvez vous nous parler de votre potentielle collaboration avec Dave Sim (le créateur de la célèbre série indépendante CEREBUS). Je suis un fan. Pouvez vous nous éclairer à ce sujet?

 N.A : Dave Sim? Il est fou!  Complètement dingue. Pour votre information, je n’ai jamais collaboré avec lui. Ce qui c’est passé, c’est que Sim a été inspiré par moi et il me paraphrase constamment. Je lui ai simplement expliqué qu’à la manière de Sergio Aragones quand il m’a approché pour être publié par ma compagnie (Pacific Comic), il fallait que sa création n’appartienne qu’à lui et à lui seul. J’ai donné à Sergio le courage, qu’il avait déjà en lui même, de faire ce qu’il voulait de sa création. Aujourd’hui même après l’avoir pris dans mes bras, il m’a confirmé qu’il avait refusé de vendre les droits de GROO pour un film parce que les producteurs voulaient en faire un live action alors que Sergio veut une animation. Alors il a refusé parce qu’il voulait s’occuper directement du film. Il a tenu tête au producteur et vous savez quoi? Ca a marché. Il y aura bientôt un film de GROO réalisé par Aragones. C’est ca que Dave Sim devait entendre. Ca ne l’a pas empêché de devenir cinglé. C’est un maniaque génial.

Je vais vous raconter une histoire…ce sera ma dernière. Dave Sim me contacte d’un convention à Toronto. Il voulait absolument me rencontrer pour me parler de l’influence que j’ai eue sur lui. Il exagère à ce sujet d’ailleurs; il a accompli ce qu’il a accompli sans mon aide ( c’est-à-dire la plus longue série indépendante de tous les temps). Il me demande si je veux faire quoi que ce soit avec lui.  Je lui dit que j’aimerais bien visiter Niagara Falls. Il me dit de le rejoindre à l’aéroport. Quelques heures plus tard, Sim vient nous trouver ma femme et moi en immense limousine blanche. Dave Sim en sort et nous dit « on part pour Niagara Falls ». Pendant la route, il me demande si je veux entendre des histoires à propos des chutes. Je répond que si. Il ouvre une filière pleine à craquer sur le sujet : l’histoire, des informations précises et le reste. Pendant une heure, il nous a fait une lecture magnifique sur le sujet et quand nous sommes arrivés là-bas, nous avons visité toute la journée  la totalité de ce qu’il y avait à voir. Nous avons terminé la journée dans un putain de gros restaurant qui tourne en regardant le putain de soleil, au delà des chutes Niagara. Ensuite Sim et moi sommes allez à la convention à la limousine. Je n’ai jamais raconté cette histoire parce que je suis certain que personne ne me croira. Mais pour répondre à ta question, « on récolte ce que l’on sème ».

 Ne me posez plus de questions comme ça…faut se calmer. Ce sont ces putains de Français qui vont tout gâcher!

 F.O : Une dernière question rapide. S’il fallait qu’on de souvienne de vous pour une seule illustration, se serait laquelle?

 N.A : Quoi??? Pourquoi tu poses cette putain de question à un vieil homme??? C’est quoi ton problème? Si j’avais 23 ans me poserais-tu cette question? Je pourrais probablement te botter le cul à l’instant!

 F.O : Vous le pourriez sans doute…

 N.A : Je n’ai pas encore fait ma plus grande création!!!

 F.O : Non????(L’heure de ma vengeance a sonnée)

J’espérais vous entendre dire que c’était  SKATEMAN, mon comic préféré de tous les temps (une création de Neil Adams vastement considérée comme un des comics les plus ridicules qui soit, que je montre à la foule avec fierté )

 N.A : SKATEMAN A VENDU À PLUS DE 70 000 COPIES! Un jour, ils en feront un film et tout le monde dira que c’est mauvais. Pas mal de personne sont des fans de ce comic tu sais. Ils m’en parlent souvent!

 F .O : Skateman.

 N.A : Écoutes, j’ai fait des tas de trucs étranges au cours de ma carrière! J’ai créé un procédé de comic en 3-d pour National Lampoon! Tu savais pas hein? J’ai fait le design de parc d’amusement et de Terminator 3-d! (à partir de ce moment là, Adams divague complètement sur ses accomplissements). Toute ma vie, j’ai pu faire une quantité énorme de trucs et j’ai eu de la chance. Je m’amuse constamment. J’ai 5 enfants et ils sont tous géniaux. J’ai un studio formidable. Je suis un des hommes les plus chanceux du monde. Personne ne devrait me complimenter pour le restant de ma vie. Vraiment. Tout est chouette. Je me sens comme ça à tous les jours. Voulez-vous savoir sur quoi je travaille en ce moment? Tout le monde pense que mon projet actuel BATMAN:ODYSSEY est une cochonnerie!(une série assez étrange et controversé e auprès des fans)Vous savez quoi!  Je vais changer la manière dont on perçoit le comic; quand cette série sera terminée, ce sera un véritable livre. Ce sera un véritable livre illustré (Wow. Neil Adams vient d’inventer le roman graphique!!!). C’est un livre qui vous demande de l’attention mais vous en êtes incapables parce que vous lisez trop de merde en même temps!

Laissez moi vous parler d’une autre projet que je fais pour Marvel –et je ne devrais pas parce que ca les enrage– je leur ai présenté une histoire –mon dieu je ne devrais parler de ça! Ça m’effraie juste d’y penser– Vous savez les X-men? Le première fois qu’on voit ces personnages, Prof X avec sa chaise roulante, le gars avec les ailes, on est en plein milieu de leur histoire! Mais avant, qu’est-ce qui c’est passé?  Charles Xavier n’était pas encore Professeur X, il n’était pas encore en chaise roulante. Que se passait-il avec les mutants avant la venue de Xavier? Qui les aidait? Quel mutant est plus vieux que Xavier dans le monde des X-men? Magneto. Non, Wolverine. Avant Xavier, Wolverine était déjà là et aidait les jeunes mutants. C’est un trou du cul mais il les aidait quand même. Il a été le premier à les aider, à les protéger et à les entrainer.

Je vais vous décrire une scène –mais de grâce n’allez surtout pas foutre ça sur vos blogues parce que Marvel aura mes couilles!-un soir de pluie, Wolverine arrive à la porte du collège de Xavier qui a 18 ans. Xavier voit cette espèce de brute qui ressemble à un loup-garou qui laisse tomber un cadavre d’enfant sur le parvis de sa porte. Wolverine demande à Xavier de l’aider : « je ne peux pas tous les protéger. Ils tombent comme des mouches. J’ai besoin de ton aide. Je suis un guerrier, un combattant, mais ils ont besoin de quelqu’un comme toi. Tu es un mutant comme moi et j’ai besoin de ton aide. »

Xavier refuse en prétextant qu’il n’est pas un mutant. Wolverine insiste : « tu m’aideras parce que TU ES UN MUTANT ET PARCE QU’AU JOUR DE TA MORT, TU ENTENDRAS LES CRIS DES MUTANTS QUE TU N’AS PAS AIDÉ ET QU’ON A TORTURÉ… »

Charles Xavier répond en criant : « mais je ne suis pas un mutant!!!!!!! »

Et Wolverine de répondre : Je n’ai pas dis un seul mot depuis le début de notre rencontre…

(des applaudissements timides )

F .O : ouais bien…c’était certainement plus intéressant que le film de Wolverine!!

N.A : Ne bloguez pas à propos de ca! Soyez cool. Il y aura 5 numéros. Je viens juste de terminer le deuxième. J’ai aussi terminé une histoire de Avengers avec Bendis…en essayant d’éviter toutes les scènes de têtes parlantes…ok tout le monde. J’y vais maintenant.

Quelques minutes plus tard, je vais à la table d’Adams pour lui faire signer ma copie de SKATEMAN. Il me fait passer devant une file énorme de gens qui attendent, dont une bande de jeunes blacks qui veulent se faire signer la première apparition de Jon Stewart.

« Tu ne ne vas pas demander de me faire signer ta copie j’espère ». Je lui répond que oui. « Va te faire foutre » , me répond t’il. Les jeunes blacks que j’ai dépassé lâchent un « bouuuhhh » d’approbation à son égard.

Neil Adams me regarde fixement. Il sourit.  Il prend mes comics et les signe gratuitement.

« J’espère que tu sais que je te taquinais un peu là bas? Tu as fais du bon travail. Merci. Et tu veux que je te dises sérieusement? Skateman…c’est de la merde. »

-Francis Ouellette

1 pensée sur “ComicCon de Montréal ’11: Conférence avec Neil Adams-la traduction complète”

  1. – « On ne voit jamais de blanc avec des médailles d’or…les blanc ne gagnent qu’au tir à l’arc. »

    – « Skateman…c’est de la merde. »

    Ma journée est faire, merci M. Adams!

    Blague à part, c’est une superbe entrevue avec un grand personnage, qui, incidemment, est à la hauteur de ces créations.

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