Baba Brinkman 101 : maîtriser la science par le rap

Par un tranquille dimanche matin, j’ai eu l’occasion de rencontrer Baba Brinkman, le seul rappeur scientifique du monde qui est évalué par ses pairs (peer-reviewed). Entre des gorgées de cafés mi-sucrés, nous avons discuté de sa vie, mais surtout de son travail qu’il décrit comme étant sensibilisateur de conscience, provocateur et irrévérencieux. En fait, irrévérencieux est son mot préféré, puisque ça décrit tout ce qu’il fait.

La veille, il était à une levée de fonds rempli de docteurs et d’avocats dans la cinquantaine, il s’y présentait non seulement comme étant le fils de Joyce Murray (sa mère politicienne qui concourrait pour être chef du parti libéral du Canada), mais aussi comme un auteur de théâtre qui utilise le rap comme forme de vers. S’il avait plutôt été avec une bande de jeunes âgés de 17 ans, il aurait simplement dit qu’il est un rappeur. C’est ce qu’on appelle s’adapter à son environnement dans le plus pur esprit de la théorie de l’évolution de Charles Darwin (sur lequel il a créé un album complet dont fait partie la pièce Performance, Feedback, Revision).

Le chemin de Baba qui l’amena au rap scientifique n’a pas été planifié (comment aurait-il pu l’être?). Alors qu’il était un jeune rappeur en devenir, Baba est allé à l’université Simon Fraser de Vancouver, où il a complété son éducation avec une maîtrise en littératures anglaises du Moyen-âge et de la Renaissance. Sa thèse comparait The Canterbury Tales avec les combats freestyle de hip-hop. Il produisit un spectacle complet de hip-hop basé sur ce recueil d’histoires du 14e siècle qui est considéré être la fondation de la littérature anglaise.

Voici The Pardoner’s Tale, l’une des chansons de ce spectacle :

Avec The Rap Canterbury Tales, qu’il décrit comme étant du lit-hop, il a eu la chance de faire le tour du monde. Il a performé à Montréal, devant une foule constituée seulement de quatre critiques qui n’avaient aucune réaction (pas de rire, pas de sourire, aucune réponse), ils ne faisaient qu’écrire en leur calepin, ce qui est l’un de ses pires spectacles, non pas pour sa performance, mais pour son public. Et aussi au prestigieux Edinburgh Free Fringe Festival, où il connut un vif succès. Par la suite, le show fût financé par l’université de Cambridge, ce qui donna l’occasion à Baba de faire une tournée des écoles secondaires britanniques.

Il performe encore The Rap Canterbury Tales, mais une version remixée de celle-ci. En voici la bande-annonce :

C’est au travers de cela que le Dr Mark Pallen, l’auteur de The Rough Guide to Evolution, pris connaissance du travail de Baba et qu’il lui demanda de créer une version rap de son livre pour souligner le 200e anniversaire (en 2009) de Charles Darwin. Il accepta avec excitation et il avait confiance de pouvoir bien accomplir la tâche, de bien écrire à propos de la science, puisqu’il en lit beaucoup (et qu’il a même étudié la biologie à l’université avant de se consacrer entièrement à la littérature, puisque ses notes étaient meilleures). Il réussit et connût un immense succès.

Selon Wikipédia: “The Rap Guide to Evolution débuta à l’édition 2009 du Festival Fringe d’Édinbourg, où il remporta le prix du meilleur nouveau texte de spectacle. En 2010, le plus grand organisme de charité biomédicale britannique, le Wellcome Trust, finança Baba pour qu’il fasse une série de clips éducatifs basés sur le show qui serait une ressource pour les professeurs de biologie. En novembre 2011, The Rap Guide to Evolution a été présenté pendant 5 mois Off-Broadway. Il reçut une nomination pour le prix Drama Desk 2012 pour la meilleure performance solo, mais il perdit aux mains de l’acteur irlandais Cilian Murphyqu’il admire.

Voici le clip de la pièce Natural Selection :

Depuis, il est en tournée et fait quelques conférences TED, où il rencontre des esprits aussi fameux que Stephen Hawking et Jack Horner (le paléontologue de Jurassic Park). Mais, il performe essentiellement Off-Broadway. Il y présente, bien sûr, The Rap Canterbury Tales Remixed et The Rap Guide to Evolution, mais aussi un nouveau spectacle sur la nature humaine intitulé Ingenious Nature (qui débuta aussi à l’Edinburgh Fringe).

Présentement Baba a un nouvel EP intitulé The Infomatic (qui contient la chanson Mad Scientist (Talkin’ Nerdy)), qui traite, entre autres, des prosimiens, de la cladistique, des changements climatiques, du paradoxe de l’homophobie, de l’accommodation aux pseudosciences et de l’applicabilité des références à Game of Thrones et Breaking Bad dans le rap scientifique.

Il s’aventure même au dehors du rap scientifique en produisant d’autres artistes au travers de son étiquette Lit Fuse Records et en rappant avec The Menagerie, un collectif hip-hop qui peut être décrite comme un Wu-Tang Clan britannique; ils ont un nouvel album en magasin (Hopeful Monsters). Et même, Baba sort complètement du hip-hop en écrivant des articles scientifiques comme Finding God in Female Orgasms (Découvrir Dieu au travers des orgasmes féminins).

Mais, même si Baba à trouver Dieu dans les orgasmes, il est un athéiste des plus fervents comme le démontre tout son travail, mais particulièrement sa pièce Off That (Rationalist Anthem) :

P.-S. La raison principale pour laquelle je rencontrais Baba était de connaître ses goûts en pop culture. Mais, à l’exception de Game of Thrones (et ainsi du travail de George R.R. Martin) et des comics de son ami Bryan Talbot (surtout sa merveilleuse série Grandville), Baba évite à tout prix la fiction, surtout le fantastique et la science-fiction, puisqu’il souhaite amassés le plus de savoirs pour son travail. Mais, lorsqu’il était enfant, il rêvait de devenir le prochain Stephen King, s’introduisait dans la chambre de son frère pour lire ses comics (tels TMNT) et jouait beaucoup trop aux jeux vidéo jusqu’à ce que les filles sont entrées en sa vie. Aujourd’hui, il ne joue jamais, jamais, car il a trop peur d’une rechute.

N.B. Pour en savoir plus sur Baba Brinkman, je vous invite à visiter son site web, de le suivre sur Twitter, de l’aimer sur Facebook et de lire cette excellente entrevue qu’il a donnée à Geek Girl Chicago.

– ‘xim Sauriol

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