En digne successeur du calife – Décès de Tabary

Voici un article qui provient de la plume de Simon Laperrière, programmateur de Fantasia. __________________________________________________________________________________________

Il n’y a probablement rien de plus ingrat que d’œuvrer avec un homme de talent. On demeure constamment dans l’ombre de son collègue, tout le succès du projet lui étant redevable. En BD, ce constat est constant. On en vient souvent à oublier la notion de travail d’équipe, comme si la plume d’Alan Moore était seule méritoire de la grande qualité de Watchmen, l’apport de Dave Gibbons étant mineur.

Tabary a probablement vécu le même drame. En s’associant avec Goscinny, une vedette du monde des bulles grâce aux immenses succès des séries Astérix et Lucky Luke, il a probablement anticipé ne jamais connaître d’éloge pour Iznogoud et d’être perçu comme un simple artisan. Il a cependant réussi à démontrer avec brio à quel point sa voix avait fusionné avec celle du maître une fois celui-ci ayant quitté ce monde. Qu’on se le dise, Tabary est le seul auteur à avoir continué seul à la barre une série entamée avec Goscinny avec autant de souffle, d’irrévérence et, surtout, de talent. Alors que le Gaulois semblait tourner sans cesse autour d’un même menhir, le vizir, loin d’être une copie orientaliste de ce personnage, n’avait rien perdu de son humour, nous faisant même croire que son défunt père soufflait de l’au-delà des dialogues au dessinateur.

Goscinny nous a donc fait découvrir Tabary, un artiste à part entière ayant ficelé un univers ironique qui, bien souvent, en disait beaucoup sur le nôtre. Iznogoud sera pour toujours l’antithèse d’Astérix, un être maléfique et narcissique, un grand personnage de bandes dessinées qui, pour les décennies à venir, continuera de nous faire rire. Parce que la rigolade, Tabary en connaissait les secrets et nous en a fait profité tout au long de sa carrière. Avec expertise et, espérons, le sourire au visage.

– Simon Laperrière

1 150 000 euros pour 675 bédés

La prestigieuse maison de vente aux enchères française Artcurial a vendu aujourd’hui 675 éditions originales de bandes dessinées, planches ou objets en relations aux bédés pour un grand total d’environ 1 150 000 euros, dont cette oeuvre d’André Juillard, Le Cahier bleu estimée à entre 4000 et 5000 euros. Plusieurs oeuvres de grands auteurs tels que Enki Bilal, Hugo Pratt, Morris, Goscinny ou Uderzo faisaient partie de la vente. L’objet le plus dispendieux (92.000 euros) fût une encre de Chine au crayon bleu de l’Ile Noire réalisée par Hergé pour la couverture du journal « Le Petit vingtième » du 10 février 1938; cette oeuvre était signée et dédicacée.

– Maxime Sauriol