Festival Fantasia: True Legend

On peut toujours compter sur Fantasia pour nous offrir année après année des films de kung-fu dans la pure tradition chinoise. Une édition de Fantasia sans des longs-métrages d’arts martiaux, c’est comme si on mangeait des biscuits sans boire un bon verre de lait. On pourrait en profiter tout autant, mais c’est évident qu’il manquerait quelque chose.

Heureusement, les amateurs du genre ont eu leur dose lors de la diffusion de True Legend, un film racontant les périples d’un maître qui, à la suite de plusieurs tragédies qui sont survenues dans sa vie, a inventé un style de combat dont la pratique se fait sous l’influence massive d’alcool. True Legend est avant tout une histoire d’honneur, de famille et de résilience réalisée par Yuen Woo-Ping, un ancien chorégraphe de combats pour les films THE MATRIX et CROUCHING TIGER, HIDDEN DRAGON. C’est une oeuvre colorée, excentrique, parfois maladroite, mais hautement divertissante aux personnages sortis tout droit des légendes asiatiques et influencés par les héros et vilains des Comic Book américains.

Su Can (Man Cheuk Chiu) est un maître du Kung-fu au service de l’Empire de Chine. Après plusieurs années de services militaires, Su quitte l’armée afin de retrouver sa femme et fonder finalement une famille. Il laissera derrière son beau-frère et compagnon d’armes Yuan Ying (Xun Zhou), un homme au tempérament jaloux qui a toujours vécu dans l’ombre du célèbre général de guerre. Cinq ans après son retrait de l’armée, Su Can est sur le point d’ouvrir une école d’art martial, sa femme Yu et lui vivent heureux avec leur jeune garçon. Ce parfait bonheur prendra subitement fin lorsque Yuan, maintenant un puissant gouverneur, vient obtenir sa vengeance sur Su Can en prétextant récupérer la famille que celui-ci lui aurait « volée ». En fessant appel à des forces surnaturelles et une armure cousue à même sa peau, Yuan Ying vaincra Su. La jeune famille se retrouvera séparé et il en reviendra à Su Can de l’unifier à nouveau.

Tapissé d’action de la séquence d’ouverture à la dernière, True Legend ne nous offre pas beaucoup de temps de répit pour respirer. Une scène de combat et pratiquement suivie d’une autre, sauf pour quelques occasions où le film prend un moment pour instaurer un peu d’histoire. C’est dans ces séquences qu’on en apprend davantage sur les personnages, ce qui les motive, leurs rêves et surtout ce qui les unit les uns aux autres. Ces moments d’accalmie sont les bienvenues et ne sont jamais trop longs à nous en faire « taper du pied ». Juste assez d’informations sont transmises afin que l’on puisse se soucier de nos personnages principaux qui sinon progressent principalement dans un film bourré de combats. Ceux-ci sont par ailleurs extrêmement bien chorégraphie et nous tiennent en haleine. Le recours du ralenti et à des procédés d’images de synthèse aide à amener un caractère fantastique et surhumain à l’oeuvre. Chaque combattant possède son propre style de combat surdimensionné et c’est véritable plaisir de les voir s’affronter sur grand écran. Ce caractère d’excentricité et de grandeur est présent dans tous les aspects du film, des effets spéciaux à la performance des acteurs qui font par moment dans le grand-guignolesque.

La dimension tragique de l’oeuvre est l’élément principal qui propulse l’histoire. Su Can, autrefois un grand héros de guerre, tombe de plus en plus dans la dépression et l’alcoolisme, ce qui lui fera fleureter avec la folie. Chaque jour, il croira s’entrainer avec rien de moins que le Dieu du Kung-fu, il reviendra de ces journées épuisées et arborant des blessures sur la quasi-totalité de son corps. Des blessures qui, selon sa femme, il s’afflige à lui-même. Qu’ils soient les manifestations d’un esprit malade ou celles d’une véritable transcendance, ces segments d’entrainement sont primordiaux pour Su Can afin qu’il perfectionne sa maîtrise du combat corps à corps et rétablisse son estime de soi. On le verra repousser ses limites pour être une fois de plus bascule dans la défaite. Sa résilience s’effritera au fur et à mesure que son alcoolisme prendra le dessus. C’est également dans ces moments que les spectateurs se sentiront le plus liés à leur héros pour qui on finit par souhaiter qu’un moment de bonheur et de repos bien mérité.

Sans réinventé le genre, True Legend saisit les occasions de s’éloigner du combat pour instauré des éléments tragiques qui de concert avec le reste du film en font un récit aussi sombre, loufoque qu’amusant.

– Benoit Mercier

Fantasia 2011, Jour 14: Éloge d’UN GÉNIE, DEUX ASSOCIÉS, UNE CLOCHE-une arlequinade en guise d’oraison

Le western-spaghetti savait qu’il allait mourir. Il s’y préparait déjà depuis quelque temps. Pistolet rayé en main, de plus en plus recouvert de poussière, il est allé crever dans des décors de plus en plus en plus délabrés, évocation de l’agonie du genre. Dans Keoma de Castellari, c’est dans les magnifiques yeux bleus de Franco Nero qu’on pouvait percevoir la mélancolie de l’inévitable décès. Un dernier magnifique râle.
Juste avant l’ultime souffle, un autre regard bleu, rieur celui là, avait décidé de s’en moquer. Mario Girotti. Terrence Hill. Son nom était Personne. À l’époque, il semblait étrange que le maestro Sergio Leone prête sa voix tonitruante à la comédie Mon nom est Personne. Aujourd’hui, on sait que c’était assurément le champ du cygne dont le genre avait besoin. 
Dans ce film, Personne est l’incarnation même du Western-spag, donnant un second souffle au western classique, incarné par Henry Fonda. Il  sait cependant que sa fin à lui aussi est proche. Il s’appelle Personne parce qu’il  est un bâtard, un fils illégitime et abandonné. Personne ne pouvait sauver le western-spag, mais il pouvait tout au plus lui donner ses dernières lettres de noblesses et sa part de latin. Avec un grand sourire.
Quand le séminal Fistfull of dollars de Sergio Leone sorti en 1964, c’était évident pour tous qu’il était un transposition de fortune du Yojimbo de Kurosawa. Probablement pour cette raison, l’autre géniteur du genre fut laissé de coté assez rapidement. A fistfull of dollars, c’est aussi et surtout l’Arlequin, serviteur de deux maitres de Goldoni. L’ombre grimaçante de la Commedia d’ellarte était penchée depuis quelques temps sur le Western Spag. Plus que tout autre, c’est Terence Hill qui aura été son Arlequin; joueur de tour, acrobate ,arnaqueur, séducteur, faussement niais et au cœur de la lutte des classes.

C’était un privilège de voir Un génie, deux associés, une cloche dans les conditions offertes par Fantasia hier. 

Elles permettaient d’appréhender pleinement sa richesse. Traversé d’une quantité de teintes jaunâtres, parfois volontaires et parfois fruit de la patine du temps, la poussière semblait dorée et la lumière encore plus…ce qui renchérissait l’impression de voir une histoire provenant d’un monde mythique et fantasmé.

Terence Hill y reprend son archétype de Personne. Cette fois, il est Joe Merci, un peu comme Yojimbo deviendra Sanjuro. C’est le même personnage. Notez son nom, il est important: C’est un remerciement (au genre?) mais cette aussi le mot « mercy » (pitié). Joe n’est pas un tueur. C’est un Trickster, un joueur de tour.

Sa fonction d’Arlequin confère à Joe une conscience métatextuelle des codes du récit (Arlequin s’adresse souvent à la foule dans la comeddia dell’arte). Il porte le costume doré de circonstance (littéralement couvert d’or!) que doit porter tout bon Arlequin. Il va même jusqu’à dire à un vieil indien de quitter à gauche de l’écran parce qu’il représente le passé! Il n’a pas besoin de tirer de son pistolet et quand il le fait, les lois de la physique lui obéissent: Joe Merci a un compère et c’est le réalisateur. Merci connait tellement bien les mécanismes de son monde qu’il est capable d’élaborer les arnaques les plus complexes et de retourner  toutes les situations à son avantage. Après tout, il est l’incarnation d’un genre qui trotte vers ses derniers milles. Il en a vu d’autre et il sait qu’il ne peut pas perdre. Il n’a donc pas besoin de tuer. Il porte une  petite sonnerie à son cou pour se rappeler les différentes étapes à suivre de son plan étourdissant de complexité, huilé au quart de tour.
Attendez…il porte une sonnerie à son cou? C’est lui la cloche du titre?Mais qui donc est le génie et qui sont les deux associés? Est-il possible que nos héros occupent tour à tour chacune de ses fonctions? 

Si. 
Le titre est un indice. Ça les aminches, on appelle ça une ARLEQUINADE.

 Une arlequinade, c’est une trinité de personnages en interaction étroite avec deux antagonistes. Arlequin, Pierrot et Colombine forment la base. Pantalon et le Clown sont les menaces extérieures (rappelons que Terence Hill continuera à jouer plus tard dans des arlequinades et que son personnage  prendra le nom de…Trinity!).

-Arlequin=Terence Hill, Joe Merci
-Pierrot (le lunaire, le distrait, celui qui se fait exploiter par Arlequin)=  Robert Charlebois dans le rôle de Locomotive Bill
-Colombine,(naïve, pure et amoureuse des deux) = Miou miou dans le rôle de Lucie
-Pantalon (le fourbe, l’avare, la cruel, l’alcoolique)= Patrick Mcgoohan en Major Cabot
-Le clown=Piero Vida dans le rôle de Jacky Jolly Roll.

Il est absolument accessoire de comprendre qui manipule qui. Il ne sert à rien de résumer cette histoire. Il est question d’un trio qui veut arnaquer le Major Cabot de 300 000$ et c’est tout ce que vous avez besoin de savoir. C’est une Arlequinade (forcément méta fictionnelle par moment) qui sert à annoncer que le rideau de cette commedia d’ellarte que fut le western spag va bientôt être tiré à jamais. Les italiens vont fermer le grand Théâtre d’Almeria. Le temps de quelques coups de feu, le théâtre populaire et le cinéma de genre se sont rejoint.
 Tout le splastick du monde, tous les gags et les scènes d’actions ne pouvaient étouffer l’oraison joyeuse et assumée qu’est Un génie… beaucoup plus profond qu’il ne veut bien le laisser paraitre, à l’instar du personnage de Joe Merci (Merci pour la ride. Mercy for me!)
Je ne passerai pas sous silence la généreuse présence hier de notre héros national du rock à la fin du visionnement. Tour en tour la cloche, le génie et l’associé, surprenant de désinvolture, Charlebois campe son personnage de métis récalcitrant, locomotive Bill, avec une énergie de…well, de rock star. C’est aussi un plaisir d’entendre son doublage en français « normatif » s’écrouler en roulements de R, typique de notre joual galopant.  Leone lui aura d’ailleurs demander de se restreindre à ce niveau là; Charlebois sonnait bien trop comme un nègre (pas quelque chose qu’on entend à tous les jours hein?) Ironiquement, avec son teint exagérément rouge et ses cheveux frisés, il était probablement difficile pour les italiens de se figurer d’où il venait.
Émouvant moment où notre histoire rejoignait celle d’un genre ne nous appartenant pas. Charlebois ne fut pas laconique avec ses anecdotes.

On apprend que Damiani et Leone ne s’entendait pas particulièrement bien, Leone étant un anarchiste de droite et Damiani un un communiste obsédé par le thème de la lutte des classes. En tant que producteur, il réalisa quand même la scène d’ouverture, inspirée de ses propres films, comme s’il passait le témoin à Damiani au sein de son propre film. Étaient-ils  les deux associés du titre, à leur insu? Forcément, parce que le véritable  génie, c’est Ernesto Gastaldi, scénariste du film (et donc du titre). Morricone serait donc la cloche. On ne dira jamais assez à quel point le grand génie du western spag est autant Gastaldi que Leone. La métatextualité de cette Arlequinage est si vertigineuse qu’elle va jusqu’à la conception du film.

Nous apprendrons également que Leone avait initialement approché Charlebois après avoir vu une de ses performances à Cannes. Il voulait lui faire jouer un assassin dans un film qui se serait intitulé What’s up with you Humpty Dumpty? Charlebois refusera et se fera contacter plus tard pour jouer dans le film de Damiani. Il passera l’essentiel du tournage chaud comme une botte et gelé comme une balle. On sait maintenant que Leone voulait faire Les Valseuses version western, d’où la présence de Miou Miou (et d’un canadien français qui peut parler anglais pour remplacer Depardieu?)

Charlebois prendra quelques cuites avec Mcgoohan avec lequel il s’entendait très bien (étant le seul à parler l’anglais sur le plateau) qui, en bon irlandais,  » déjeunait au gin tonic le matin ». Il jouera quelques jours sur le piano de Debussy, jammera chez Morricone et ne se pointera pas pendant une journée de tournage pour cause de gueule de bois, prétextant un congé de Pâque. Ce qui mettra Leone en beau joual vert (J’ai réussi à ploguer cette phrase! Je peux quitter…)

C’est un magnifique cadeau que nous a fait Robert Charlebois et  les gens de Fantasia.
Les Mystérieux étonnants  vous en remercie du fond du cœur.



-FRANCIS OUELLETTE

Mystérieux Étonnants #228Captain America: The First Avenger

Cette semaine, Captain America: The First Avenger du réalisateur Joe Johnston mettant en vedette Chris Evans, Hugo Weaving, Hayley Atwell et Sebastian Stan. Bien sûr, comme à l’habitude, nous vous partageons également les dernières nouvelles sur l’univers de la culture populaire: BD, cinéma, jeux vidéos, télévision, etc.

Diffusion originale: 25 juillet 2011
Site web: MysterieuxEtonnants.com
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Fantasia 2011, Jour 8: Detention

Detention réalisé par Joseph Kahn est la réponse du réalisateur à ce qu’il qualifie des films prévisibles provenant tout droit d’Hollywood. C’est avant un tout un long-métrage inclassable qui emprunte à divers genres cinématographiques tels que le « Slasher » et les films de John Hughes en y incorporant du voyage temporel et des éléments graphiques à la Scott Pilgrim. Il s’agit d’une oeuvre qui va à cent milles à l’heure aux personnages attachants et à l’histoire complètement éclatée.

Riley (Shanley Caswell) est la seule jeune adolescente engagée et végétarienne de son l’école secondaire. C’est également quelqu’un de très maladroit qui n’a pas la cote de popularité auprès de ses camarades de classe. Alors que la fin de l’année scolaire approche à grands pas, elle devient la proie d’un tueur en série qui a emprunté l’identité de Cinderella, un personnage de film d’honneur dont le deuxième opus cinématographique vient tout juste de sortir en salle. En plus de cette menace qui pèse constamment sur ses épaules, l’une de ses meilleures amies vient de mettre le grappin sur Clapton Davis, le garçon le plus cool du collège pour qui Riley a un faible.

Sans vous perdre, et me perdre par la même occasion, c’est ici que j’arrête mon résumé de Detention. Car si à priori la prémisse du film est simple, elle se complexifie de manière exponentielle ou fur et à mesure que celui-ci progresse. Tandis que le tueur risque d’apparaitre à tout moment, les élèves de l’école se font terrasser par Cinderellla qui tue sans discrimination. Ces séquences, qui par ailleurs sont très efficaces, contrastent avec le reste du récit qui demeure sinon coloré, rempli d’une énergie positive et contagieuse. Les images infographiques viennent appuyer le long-métrage en rajoutant des informations supplémentaires sur les personnages ou les situations, une technique efficace et qui aurait pu basculer facilement dans l’inutilité à en devenir agaçante.

Les références à la pop culture d’aujourd’hui et des derniers 15 ans font légions et sont davantage destiné à un public composé de jeunes adultes. Celles-ci défilent à une vive allure et il faut être attentif pour ne pas en manquer une. C’est d’ailleurs au milieu de ce flux continu de gages et de clins d’oeil que des informations vitales au déroulement de l’histoire nous sont transmises, ce qui rend de Detention difficile à suivre, surtout quand le film s’emballe en deuxième partie et que les notions de voyages temporels sont mises de l’avant. Malgré le caractère excentrique du film, les différents genres se marient bien afin de composer une oeuvre homogène et plausible que l’on questionne qu’à de rares reprises. La distribution composée d’interprètes peu connut son juste et leur jeu vraisemblable, une tâche qui était certainement difficile si l’on considère la dimension déroutante du scénario.

Malgré quelques difficultés au niveau de la continuité, on sort de notre visionnement avec le sentiment qu’on a assisté à quelque chose de nouveau qui à su tiré des films culte des dernières années afin d’en ressortir un cocktail très sucré et dense, mais pas moins pour autant rafraichissant.

– Benoit Mercier

Fantasia 2011, Jour 8: Klovn The Movie

Klovn un film danois du réalisateur Mikkel Nørgaard est la suite d’une populaire émission de télévision au caractère humoristique qui a remporté un grand succès auprès du public et qui fut diffusée le temps de 6 saisons au Danemark.

La bonne nouvelle c’est que vous n’avez pas besoin d’avoir vu la télésérie pour vous initier à l’univers de Frank Hvam et Casper Christensen, les deux protagonistes principaux de l’histoire autour desquels se générera une multitude de situations aussi hilarantes que malfaisantes.

Frank vient de découvrir que sa conjointe est enceinte, un évènement qui viendra chambouler la vie de cet «adulescent» qui parvient à peine à s’occuper de lui-même. Pour prouver à sa copine qu’il a l’étoffe d’un bon père, il amènera lors d’une excursion de canot Bo, un jeune garçon de 13 ans dont le couple à la garde durant quelque temps. Cette situation ne fera pas du tout plaisir à son ami Casper qui utilise chaque année ce voyage comme prétexte afin de s’éloigner de sa femme et pour littéralement coucher avec tout ce qui bouge.

La comédie est citée par moment comme un sous-genre auquel il ne faut pas porter un grand intérêt. Comme si rire ne pouvait pas être justifiable le temps d’un film. Il faut dire que le genre a souvent surutilisé les mêmes recettes et qu’il est difficile de dénicher une comédie qui ose se lancer dans de nouveaux sentiers. Ce n’est heureusement pas le cas de Klovn qui sait surprendre en allant s’abreuver dans un type d’humour excessivement mordant et cynique que l’on voit que rarement ici et qui ferait certainement un tollé.

Aucune thématique n’est tabou, que ce soit l’homosexualité refoulée de Casper aux blagues dirigées vers le pénis du jeune Bo, tout est permis. Sans toutefois tomber dans la grossièreté et la gratuité, l’oeuvre traite surtout de sexualité et de perversions diverses en nous projetant dans des situations impossibles pour lesquelles Frank et Casper sont passés maîtres dans l’art d’empirer. L’une des plus marquantes est sans aucun doute celle où Frank, voulant bien agir, offre un « collier de perles » à sa femme endormie et emmitouflée dans les couvertures. Celle-ci se révèle à être sa belle-mère, atteinte à l’oeil par le sperme de son gendre, elle devra porter un cache-oeil pour le reste du film. Nous sommes loin de la comédie québécoise gentille. On se doute bien qu’un humour particulièrement danois vient imprégner l’oeuvre qui traite par moment et sans retenue des sujets comme la pédophilie.

Klovn demeure un film qui ne fait pas dans l’humour de bas étage. Il ne faudrait pas croire en lisant ce compte rendu qu’il s’équivaille aux comédies hollywoodiennes où la simple mention de la sexualité ou celle d’un organe génital a pour but de déclencher le rire. Si le scénario peut-être démesuré et extrêmement comique, ces scènes sont entre coupées de longues séquences où c’est davantage le côté humain de personnages et le malaise qu’ils dégagent qui sont mis de l’avant. En effet, récit est sinon plutôt «calme» et tombe qu’à de très rares reprises dans l’humour outrageux ce qui rend encore plus les scènes comiques est efficaces, puisqu’elles viennent nous prendre totalement par surprise. Cette dimension est enchéri lorsque l’on nous présente sans crier gare des parties de l’homme dans sa nudité la plus complète.

Malgré leurs faiblesses et leur comportement discutable, on demeure attaché aux personnages. Le lien qui se développe entre Frank et Bo est crédible et peut même s’avérer à être touchant.

L’esthétique de l’oeuvre qui n’est pas sans rappeler les téléséries américaines The Office ou Curb Your Enthusiasm était le choix visuel parfait pour nous raconter cette histoire de déchéance profondément humaine. Une comédie qui vous hantera plusieurs heures après votre visionnement… peut-on vraiment dire ça souvent?

– Benoit Mercier

Fantasia 2011, Jour 8: Critique de MUSTANG: Un monde de passions débridées

MUSTANG!!!!! CHEVAL NOIR INDOMPTÉ!!!!
MUSTANG!!!!! PERSONNE NE PEUT TE MONTER!!!!!

Dans les arrières-boutiques en plywood et les routes poussiéreuses de Saint-Tite, il y a un monde de passions sauvages qui ruent dans les brancards. Des secrets, des amours déçus et des colères qui grondent. Johnny Cooper, le grand Sachem du Festival country aimé de tous, est mort horriblement au rodéo, piétiné par Mustang.
Mustang: le cheval noir indompté.
MUSTANG. Que personne ne peut monter. 

MUSTANG est enfermé dans un enclos en exemple, symbole et témoin vivant des mensonges qui sclérosent le village. Mais MUSTANG n’est que le catalyseur du drame. Et MUSTANG, le film, est une découverte sans précédent. Il mérite un culte, un DVD, la trame sonore en 8-track et un laser-disc. Il est inadmissible qui ce magnifique pur-sang galope au loin, narguant les cinéphiles québécois de ma génération, sans que nous ayons eu droit de le monter auparavant.
Si seulement MUSTANG n’était qu’un Western-poutine hybride (le seul en fait) où sont mélangés les genres dans une concoction lourde mais hautement appétissante, ce serait déjà suffisamment bourratif. Mais il est encore plus que ça; c’est un tragédie antique à Saint-Tite. La recette est parfaite: La patate du Western classique , la sauce brune du drame de cuisine québécois et le fromage en crottes de la tragédie antique, permettant la cohésion improbable des éléments précédents. 
Willie Lamothe, le légendaire, joue Dick Lachance, chanteur de country qui n’a rien à voir avec son alter ego. C’est un cowboy fantaisiste (c’est le titre d’une de ses tounes) qui n’aime pas les chevaux. Il arrive avec son groupe au Festival de Saint-Tite pour constater que la mort de son vieux chum Cooper a laissé le village dans un état de dévastation psychologique indéniable. Affublé de ses compagnons de routes, dont le nom moins légendaire et souriant Bobby Hachey, il soupçonne quelque chose de louche. Il fera sa petite enquête  Le groupe de Lachance  a en quelque sorte une fonction de poutinage narratif (poutinarration?): ils sont le chœur grec de la tragédie, les fous du roi et des desperados du verbe au grand cœur.
La Tragédie se met en place: Un maire louche et libidineux joué avec gravitas par Claude Blanchard, Muriel Millard est son épouse fardée comme les clowns de ses peintures impressionnistes, la veuve blessée est Luce Guilbault, la femme fatale de Calgary est campée par Nanette Workman. On a aussi l’indien de service et la petite fille espiègle. Albert Millaire se la joue Western-spag en tant que bad boy tourmenté et Marcel Sabourin est l’idiot du village.  Il est amusant de constater que la parlure populaire de ce magnifique groupe rend la performance de Millaire et Sabourin des plus comiques. Ces deux acteurs de théâtre sont pratiquement incapables  de harnacher le  joual du reste du groupe. Millaire a le regard d’un tueur et l’élocution d’un notaire de Saint-Bruno. C’est hilarant.
Est-ce que Klo, le bad boy du village, saura relever le défi du maire? Pourra t-il monter MUSTANG et ainsi venger Johny Cooper? 
Seule réalisation de Marcel Lefebvre, il signe aussi la grandiloquente trame sonore (je ne déconne pas: c’est de l’immense orchestration mur à mur). Lefebvre est d’abord et avant tout reconnu comme auteur-compositeur pour à peu près tout le monde de Céline Dion (« Une colombe », c’est de lui!) à Jean Lapointe (« Qu’est-ce qui fait donc chanter les p’tits Simard! C’est les poudings…LAURA SECORD » c’est de lui aussi !!!!) 
MUSTANG est traversé de moment de grâce et d’absurdité. Des morts atroces, des regards tout droit sortie d’un Leone qui ne cesse de se répéter sans qu’il y ait le moindre combat, les tounes de Willie Lamothe qui détonnent avec les amples orchestration de Lefebvre. Impossible de déterminer où commence et fini le niveau de conscience qu’avait Lefebvre de son propre projet.
Mais c’est justement l’improbabilité d’une cohésion entre tous ses éléments qui est la grande force du film. Saouler par les trop nombreux whiskies servis à Fantasia, ça prenait la poutine bien grasse et savoureuse qu’est Mustang pour remettre mon foie de cinéphile à la bonne place.
Qu’on se le dise: MUSTANG est un MUST(on veut un Dvd calisse)
Par ailleurs, j’ai une théorie.
Pendant une scène, on voit une statue de Mustang suspendue dan les airs comme si elle volait, cambrée de colère et les yeux rouges de haine.
Je suis maintenant certain que MUSTANG est la véritable inspiration pour le cheval emblématique de Fantasia 2011. Il représente aussi leur volonté secrète de faire passer ce film à l’histoire, comme il se doit.
Parce que Fantaisia est le Mustang des festivals de cinéma: sauvage et indompté.

Fantasia 2011, Jour 8: Critique de YOU ARE HERE. Espaces canadiens intérieurs à repeindre

Il est facile de se perdre à Fantasia. La quantité de films, les heures de projections, les salles, la planification de sa journée, de son sommeil et de ses repas. Les jours qui se passent  entre le noir et la lumière, le froid et la canicule, la violence gratuite et l’introspection. On fini par s’y perdre un peu, étourdie entre la surcharge d’idée et la redéfinition même de notre espace physique.  En REM toute la journée, des semaines à rêver.On catégorise ce qu’on a vu, on répertorie, quantifie et soupèse. La réceptivité de nos sens est poussé dans des retranchements…labyrinthiques. 

YOU ARE HERE n’est pas seulement une évocation de cet état de désorientation avec lequel le public Fantasien est assez familier. YOU ARE HERE est une expérimentation. Votre cerveau est la souris. Attention-STOP. Je ne dis pas que le film est expérimental; c’est littéralement une expérience, un mécanisme méta fictionnel et fractal aux contours escheriens. Vous allez obligatoirement vous y perdre; la carte de ce territoire cinématographique est tracée sur un miroir craqué que vous devez regarder avec une loupe et une bougie. C’est aussi, fort probablement, le film le plus élusif et unique présenté à Fantasia cette année. Bien sur, il conviendra probablement plus aux gens affamés par des questions qui en apportent deux autres, aux passionnés de puzzle, de labyrinthes, d’énigmes et de maladies mentales. Les autres auront droit à un mindfuck d’une qualité indéniable. Je sais pour ma part que c’est la grande découverte du Festival pour au moins trois personnes: le programmeur Simon Laperrière, moi et l’autre.
Un résumé est forcément inutile mais l’exercice est néanmoins irrésistible. Une porte donnant sur le vide à un étage inaccessible d’une gratte-ciel. Des expériences sur le cerveau se passant dans  une pièce vide. Une archiviste accumulant des documents audiovisuels apparaissant sur son chemin. Une prothèse oculaire qui change le monde. Un conférencier qui vous met en garde de suivre le point rouge de son laser. Tous ces éléments sont reliés  par d’infimes détails dans un réseau de filaments narratifs aux tensions variables. 
Vous êtes directement responsable de votre itinéraire. Si jamais vous vous sentez perdu, ne perdez pas de vue que vous êtes ici.

 Amalgame physique (et mental) de Cronenberg, Egoyan et André Sauvé, le réalisateur Daniel Cockburn investi sa métafiction d’un généreuse dose d’angoisses et de névroses. De sa propre déclaration, son film est une exploration sinueuse d’une crise existentielle et matérialiste où il a jadis failli se perdre par excès de causalités. 

À  mon sens, il y a quelque chose de typiquement canadien dans le film de Cockburn, des angoisses typiquement locales, situées entre les contraintes budgétaires, la crise identitaire et un obsession nationale voilée gravitant autour de la notion d’espace (Du Spider de Cronenberg jusqu’aux films de Vicenzo Natali…le Canada fait les meilleurs huis-clos en plein air. La perte, l’oblitération, la contraction et la dilatation de l’espace; un thème omniprésent dans la cinématographie canadienne (vous pouvez écouter notre émission sur le sujet ici même pour en avoir le cœur net). On y trouve forcément aussi une mélancolie urbaine délicieusement torontoise. Cockburn deviendra assurément une réalisateur canadien à suivre là où il voudra bien se rendre

Je terminerais sur cette blague, au mécanisme typiquement canadien; C’est une fois l’espace, le temps et l’esprit qui rentre dans un bord. L’esprit se tasse. Le temps passe de l’autre bord et rentre dans l’espace. Si vous riez, c’est que VOUS ÊTES ICI et ce film est décidément dessiné pour vous. 
Un gros merci à Simon Laperrière: ces obsessions personnelles sont responsable de l’apparition de ce film au Festival.
FRANCIS OUELLETTE

Fantasia 2011, Jour 6: Critique de WICKER TREE-The Wicker horror picture show

The Wicker man. Le nom lui même est maintenant synonyme de légendes.
Tout a été attribué à The Wicker man: Citizen kane des films d’épouvante, porte étendard d’un renouveau païen, film fondateur de l’horreur folklorique. De biens grosses épithètes à porter. Vous qui lisez ceci, je sais que vous n’avez pas à vous faire résumer le film. Même si vous ne l’avez pas vu, vous savez assurément de quoi il en retourne.
38 ans plus tard, Robin Hardy vient présenter sa suite, The Wicker Tree, devant un public de Fantasiens émus. Digne, élégant et impeccablement british, Hardy a eu droit à une ovation, un moment émouvant et mérité. 
J’étais de ceux là qui se tenait debout. 
Malheureusement, je me mentais quelque peu à moi même. Voyez vous, je me suis toujours demandé si Wicker man était un film qui avait parfaitement saisi l’esprit de son époque par accident, si le public n’avait pas surdimensionné son propos. Je vais même me permettre un sacrilège de circonstance: Se pourrait-il que Robin Hardy soit l’homme d’un seul film et qu’il fut au bon endroit au bon moment, un one trick poney? C’est ce qu’on allait voir.
On savait que la suite n’en serait pas une, qu’elle serait une sorte d’extension thématique. L’histoire reste fondamentalement la même: au lieu d’un policier qui enquête, c’est maintenant un couple de jeunes évangélistes bien tarés qui vont faire une petit tour dans les landes écossaises, question de convertir les païens. Ils sont vierges et s’aiment presque autant qu’ils aiment Jésus. Elle est chanteuse, blonde et ressemble à s’y méprendre à une jolie petite truie sacrificielle (casting d’enfer). Il est cowboy, blond et c’est un grand dadet musclé plein de bonnes intentions. Si les gens qui habitent le village sont accueillants, on devine qu’il ne le sont pas parce qu’ils ont envie folle d’être convertis.
Le personnage inoubliable du patriarche tenu par Christopher Lee, Lord Summerisle (qui a un caméo de circonstance dans le film), est remplacé par un dénommé Sir Lachlan, responsable de la centrale nucléaire du village et de l’infertilité des villageois. L’homme d’osier du titre est désormais un arbre. Voilà le topo.

« It’s okay to laugh » avait annoncé Hardy avant le commencement du film. Et pour cause. 
Wicker man n’est pas qu’une comédie. C’est presque un musical. Entre les chansons pieuses de country chrétien et les ritournelles grivoises des écossais. On a parfois l’impression de regarder une relecture de Wicker man façon Rocky Horror picture show. Une occasion en or pour Hardy de se moquer de la foi en général et en comparaison, Wicker tree enchaine coup sur coup les gags absurdes et joue à fond la carte du clivage culturel. Quelques bonnes observations sur les dangers de la foi, des deux cotés, cependant.
Alors que la suite de Hardy dévoilait son enchevêtrement de blagues, de chansons et de commentaires agnostiques, une chose devenait clair: Après le 11 septembre, le sida et Oprah, la pertinence de cet univers s’est quelque peu fanée. En ce sens, le choix de Hardy est justifiable, celui de revoir son grand film avec un filtre satyrique. Pour cette raison, une autre chose devenait claire. Hardy n’a jamais eu la moindre  sympathie pour le idées païennes de son film de 73. Cette théorie sera confirmée par la discussion du lendemain qu’il aura devant public  avec Richard Stanley sur la foi au cinéma (nous vous donnerons un compte rendu de l’événement bientôt). 

Est-ce que The Wicker tree est un ratage? Peu s’en faut. Il faut avouer un chose: par affection pour Hardy et les bons souvenirs qu’il nous a tous procuré,les opinions des critiques sont plutôt douces.   Dans cette petite satire suranées, il y a les échos lointains d’un film culte qui aurait gagné à ne pas avoir de remake…et encore moins une suite.

-FRANCIS OUELLETTE

Fantasia 2011, Jour 6: MIDNIGHT SON-fils déchu de race surhumaine

Cette critique est légèrement tardive, mais je trouve approprié de la faire après en avoir parlé avec le plus de gens possible. La polarité qui entoure Midnight son est assez surprenante. Navet de Fantasia 2011 pour certains, le film de vampire appelé à devenir culte pour d’autres.
 Est-ce surprenant? Nous sommes actuellement dans le creux de la monstrueuse vague d’histoires de vampire qui revient sporadiquement éclabousser le public à toutes les décennies. Tout le monde a forcément une prédilection pour un certain type d’histoire de suceurs de sang. Personnellement, si on exclu le bouleversant Let the right one in, j’attendais ce type de film avec impatience. Depuis le terriblement sous-estimé The Addiction d’Abel Ferrara, en fait. Ceux qui ont soif de vampires « naturalistes » seront grandement désaltérés (à ce sujet, nous vous recommandons notre émission sur ce thème ici même)
 Jacob a une condition de peau qui l’empêche de vivre sous la lumière du soleil. Il vit donc la nuit et travaille comme gardien de sécurité. Il n’a que très peu de contacts humains et il peint à cœur de jour de magnifiques toiles où brille ce soleil qui est une menace pour lui. Ces derniers temps, rien ne semble rassasier sa fin grandissante… à part la nourriture très saignante. C’est à ce moment consternant de sa vie monotone qu’il rencontre une autre âme solitaire. Mary, serveuse et toxico, créature aussi nocturne que lui et encore plus tourmentée. Le désir s’installe peu à peu entre les deux âmes blessées. 
 Midnight son ne réinvente pas le mythe vampirique. Il reprend les codes classiques du genre pour les distiller un compte-goutte avec un réalisme assumé. L’évolution psychologique du personnage et la découverte de son état se font à pas feutrés, jusqu’à l’inévitable conclusion.   La banalité de son quotidien nocturne traversé de mélancolie est particulièrement crédible.  
Plus que jamais, le vampirisme apparait ici comme une véritable condition, une maladie, une toxicomanie. Il n’est pas ici une métaphore comme dans l’existentialiste film de Ferrara: Jacob est en tout point un junkie qui veut retrouver son thrill initial et en redoute les conséquences. Car Midnight Son est également une histoire de drogue, avec son lot de dealer et de clichés inhérents à ce genre également. À ce titre, il faut voir la scène où Jacob fait découverte du sang frais, aussi efficace que chargée de double sens. Les efforts que doit fournir le pâle jeune homme pour avoir un fix donnent lieu aux scènes les plus puissantes (et sanglantes) du film, tour à tour pathétiques et troublantes.
Tout en assumant son réalisme, Midnight son prend quand même le risque de conserver la dimension romantique du vampire, au plus pur sens du terme. À ce niveau, c’est tout ou rien. Plusieurs décrocherons. D’autres, (c’est mon cas), seront aspirés par la passion qui nait entre Jacob et Mary. .Dans le rôle de Jacob, le jeune Zak Kilbe, sorte de croisement entre Jude Law et Joseph Gordon-Levitt, est tout en nuances. Par moment, on croirait voir une variation vampirique du drame romantique Untamed Heart avec Marisa Tomei et Christian Slater (come on! Qui n’aime pas ce film là?)
 Dans ses thèmes comme dans sa facture, Midnight son est l’antidote du film de vampire hollywoodien. On y explore les thèmes les plus profonds de la créature: les liens étroits entre Éros et Thanatos, la solitude, la souffrance et la soif d’amour qui double celle du sang. Une très belle trouvaille de la part des gens de Fantasia.
-FRANCIS OUELLETTE

Fantasia, jour 7 : Bullhead

Bullhead est certainement l’un des films les plus bouleversants que j’ai eu la chance de voir cette année au festival Fantasia. Réalisé par le metteur en scène belge Michaël R. Roskam, ce long-métrage d’une puissance étonnante saura venir vous soutirer quelques larmes. Pour ma part, il est parvenu à obtenir la première position de mon palmarès personnel.

Présenté au départ sous les allures d’un film de mafia se déroulant dans le milieu de l’élevage bovin, Bullhead prend rapidement un tournant vers le récit personnel et intimiste. C’est avant tout l’histoire d’une amitié et celle du parcours d’un personnage blessé au passé tragique qui tente tant bien que mal de vivre une vie normale et ultimement d’éprouver le sentiment qu’il a le droit d’être un homme et d’aimer

Les familles de Jacky Vanmarsenille (Matthias Schoenaerts) et Diederik (Jeroen Perceval), des amis d’enfance, travaillent dans le milieu de l’élevage bovin. La seule tache au tableau, leurs bêtes sont bourrées d’hormones illicites, une pratique aussi lucrative qu’illégale en Belgique. Un évènement viendra bouleverser la vie du jeune Vanmarsenille lorsqu’il se fera littéralement pulvériser les testicules par un jeune garçon à peine plus vieux que lui. Cet évènement transformera à jamais la relation qui unissait Jacky et Diederik. Plusieurs années plus tard, le meurtre d’un policier qui enquête sur le trafic d’hormones risque de se retrouver lié à Jacky. Par chance, cet événement fera croiser les chemins des deux hommes à nouveau.

Au fur et à mesure que le récit se dévoile, nous quittons l’intrigue policières pour en apprendre davantage sur Jacky. Celui-ci a dû à son adolescence prendre de la testostérone afin que son corps se transforme en celui d’un homme. Une pratique qu’il n’a jamais laissée de côté et qui s’est développée avec les années en une habitude maladive, quasi compulsive, de consommer des stéroïdes de toute sorte. Ce parallèle entre la consommation de stéroïdes et l’élevega de bêtes de ferme est plus qu’une simple métaphore élaborée pour un cours de scénarisation au collège. Elle aurait pu très bien tomber à plat si elle n’avait pas été appuyée par une histoire aussi prenante que tragique.

Matthias Schoenaerts dans le rôle de Jacky porte le film sur ses épaules. Si au début il nous est antipathique sous ses airs d’homme dur, on découvre qu’il s’agit en fait d’un masque qu’il s’est construit au fil des ans. Il devient curieusement un personnage émouvant pour qui on ne veut que du bien. En effet, rien n’est de plus poignant que de le voir mal à l’aise dans son corps de colosse, son tempérament à fleurs de peau et prêt à sauter à la gorge du premier qui lui manquera le moindre respect. On le sent à l’étroit et maladroit, spécialement quand il tente de séduire un vieil amour de jeunesse. On se retrouve à souhaiter du bonheur en espérant de tout coeur qu’il saura se contrôler et surpasser ses blessures émotives.

Sans qu’on nous prenne par la main, on comprend ce qui motive Jacky et ce qui fait de lui l’homme qu’il est aujourd’hui. Cette dimension humaine et complexe et beaucoup plus intéressante que les rares scènes d’action que l’on retrouve à quelques reprises dans le film. Quant à lui, même si son parcours est moins mis de l’avant, Diederik est un personnage tout aussi attachant. Affligé par les mêmes évènements que Jacky, il asseye maintenant de faire ce qui est juste. Une épreuve qui n’a rien de facile lorsqu’il devra choisir entre son ami et ce qui est juste.

BullHead n’a rien de moralisateur. Sans prendre position sur les agissements amoraux de ses personnages, il ne fait qu’exposer ses protagonistes dans tout ce qu’ils ont de plus humain, autant leurs qualités que leurs faiblesses. C’est un récit touchant qui ne laissera personne d’indifférent.

– Benoit Mercier

Fantasia, jour 7 : Ironclad

Ce n’est évidemment pas Fantasia sans que quelques membres soient sectionnés et que de l’hémoglobine ait été répandue… à l’écran bien entendu. Au milieu d’une sélection de films plus réfléchis, expérimentaux ou atmosphériques, le public de Fantasia sait qu’il sera toujours bien servi grâce à de longs-métrages particulièrement sanglants et violents. Parce que de toute manière, qui peut vraiment se vanter de ne pas aimer voir des gens qui se tapoche dessus?

Ironclad du réalisateur britannique Jonathan English saura satisfaire les amateurs d’effusion de sang en quête d’un bon film médiéval où l’honneur, l’épée et la foi sont tout ce dont un homme a véritablement besoin dans la vie.

L’histoire est simple. À la suite d’une rébellion qui réduisit le pouvoir de la monarchie sur son royaume, le cruel roi John, interprété par l’acteur Paul Giamatti, engage une armée composée de mercenaires danois afin de reprendre le contrôle de l’Angleterre et de rétablir le pouvoir absolut de son trône. Il est opposé par un petit groupe d’hommes qui s’est saisi une fortification stratégique et essentielle pour envahir le reste du pays. À la tête de la bande, on retrouve un chevalier de l’ordre des templiers (James Purefoy) qui ne reculera devant rien afin d’empêcher la chute de la forteresse et de préserver la liberté du peuple Anglais. Alors qu’un long siège est établi autour du château et que les vives diminuent à vue d’oeil pour le groupe de rebelles, une tension amoureuse se développera entre le templier et une jeune femme de la cour.

On ne peut pas prétendre qu’Ironclad n’est pas efficace. Les scènes de combat sont impressionnantes et particulièrement bien chorégraphiées. Que ce soit pour le combat corps à corps ou pour ses scènes d’assaut à grande échelle contre la forteresse, celles-ci sont désarmantes par leur réalisme saisissant et par leur cruauté dont nous sommes les témoins. Têtes, bras, jambes, aucune censure n’est appliquée lorsqu’un homme est terrassé d’un coup d’épée, de hache ou bien de massue. Pas une mort ne passe inaperçue et est similaire à une autre. Au grand plaisir de l’auditoire de Fantasia qui accompagna chacune de ces séquences par une vague d’applaudissements et de cris. Armé d’une longue épée, le templier se montre particulièrement efficace contre les soldats du roi en nous offrant un style de combat particulier dont il est rare que l’on voie à l’écran.

Mais au-delà de la violence, le récit reste plutôt simplet et sans grand bouleversement. Le groupe de résistants est n’y attachant ou particulièrement sympathique. Sans attache émotionnelle dirigée vers nos héros, on reste passif lors du décès de l’un d’entre eux. Même si elle ne nuit pas au récit comme tel, l’histoire d’amour entre le templier et la jeune femme est sans intérêt et est prévisible. Il est beaucoup plus intéressent d’en apprendre sur le chevalier et sur sa vision de la foi et de la guerre que sur l’attirance qu’il porte envers la dame de la cour qui pour sa part est sans grande profondeur et inutile au développement de l’histoire. Heureusement, une dimension politique au récit apporte un peu de chair à l’oeuvre qui sinon reste simpliste.

La fin est malheureusement prévisible et encore une fois demeure de surface. Ironclad est malgré tout un film divertissant si ce n’est que pour ses scènes d’action, mais ne vous attendez pas à un film qui fera transcender le genre.

– Benoit Mercier

Fantasia, jour 6 : One Hundred Years of Evil (Et si Hitler avait survécu et vivait aux U.S.A.)

One Hundred Years of Evil est un documenteur qui emprunte une prémisse des plus intéressantes et certainement jamais empruntée au cinéma. Serait-ce possible qu’Adolf Hitler aurait eu une telle fureur de vivre, qu’il ne se serait pas suicidé d’une balle dans la tête dans son bunker au coté de sa bien-aimée (Eva Braun), mais qu’il aurait plutôt été fait prisonnier par les américains avec plusieurs de ses sosies? Et que suite à sa libération, il aurait vécu aux États-Unis sous une autre identité (Adolf Munchenhauser)? C’est ce que croit le chercheur norvégien Skule Antonsen et le documentariste espagnol Idelfonso Elizalde. Ces deux comparses partent à la recherche des traces de ce M. Munchenhauser au péril de leurs vies, pour prouver que le Fuhrer a bel et bien vécu au pays de l’Oncle Sam et qu’il était protégé par la C.I.A.

Diffusé un mardi à 17h30, dans la petite salle (de Sève), il ne fallait pas s’attendre à un grand film, mais, par son sujet, c’était définitivement un des films à voir. Il en ressort un film qui mêlent les faits et la fiction comme Peter Jackson le faisait dans Forgotten Silver, et les scènes d’entrevues, de réels se mêlent; tout comme la comédie et le suspense. Malheureusement, bien que le film soit souvent très hilarant, les scènes d’action sont de véritables pétards mouillés, il n’y a aucune tension. Pour ce qui est des performances d’acteurs, elles sont plus que justes (pour les principaux), mais un peu trop caricaturales pour les seconds rôles (comme les agents d’immigration). Il faut saluer le scénario, plus qu’ingénieux; toutefois, vers la fin, il s’essouffle, le rythme ralentit. Le film ne dure que 80 minutes et une quinzaine de minutes de moins n’aurait pas fait de tort. On peut blâmer le budget plus que microscopique, pour certaines de ses faiblesses.

Cela m’étonnerait que ce film soit diffusé à nouveau à Montréal sur écran géant, hormis le mardi 26 juillet prochain à 13 h (de Sève). Je lui donne 3 thumbs up et 2 thumbs down (3/5), mais malgré cette note et ses faiblesses, ce film vaut réellement la peine d’être vu.

Voici la bande-annonce qui en dévoile un peu trop :

– ‘xim Sauriol

Mystérieux Étonnants #227Sweet Tooth Vol.1: Out of the Deep Woods

Cette semaine, Sweet Tooth de l’auteur canadien Jeff Lemire. Bien sûr, comme à l’habitude, nous vous partageons également les dernières nouvelles sur l’univers de la culture populaire: BD, cinéma, jeux vidéos, télévision, etc.

Diffusion originale: 18 juillet 2011
Site web: MysterieuxEtonnants.com
© Les Mystérieux Étonnants. Tous droits réservés.

Festival Fantasia 2011, Jour 4: The Troll Hunter

Je ne mentionnerais pas pour ce survol de The Troll Hunter les populaires longs-métrages de « caméra à l’épaule » ou de « bobines retrouvées » tel que le Blair Witch Project ou Cloverfield… oups je viens de le faire. S’engouffrer dans ce genre de comparaison devient rapidement inutile et sert souvent qu’à démolir le film en prétextant que son contenu est une copie exacte ce qui s’était fait auparavant. C’est dommage. Parce que s’il est vrai que cette esthétique peut faire dans la redondance, l’argument de « ça c’est déjà fait avant » ne tient pas toujours la route. La vérité c’est que malgré les mauvaises langues, j’aime bien ce genre de cinéma, il faut s’assumer. Bien réalisé, ce type narratif a la possibilité d’être extrêmement divertissant à condition d’éviter certains clichés qui malheureusement dans le cas de The Troll Hunter le film ne parvient pas à éviter.

Franchement, j’aurais voulu aimer le long-métrage du réalisateur norvégien André Øvredal. En fait, j’ai l’impression que c’est le commentaire qui est ressorti le plus à la sortie de la projection. Tout le monde voulait avoir apprécié davantage ce film qui avait tout pour être une réussite. Par contre, à cause en partie de sa longueur et de son jeu de caméra qui incarne parfaitement ce que les détracteurs du genre détestent, le récit tombe rapidement dans la redondance et ne parvient que par de brefs moments à émerveiller son auditoire.

En effet, entrecoupé des séquences de « chasse aux trolls », notre équipe formée de documentaristes en herbe livre des informations intéressantes sur ce métier nébuleux gardé secret par les autorités du pays.
C’est par le biais d’interviews avec Hans, le seul chasseur de Trolls de la Norvège, que l’on découvre les rouages du métier. Ces échanges parsemés de brin d’humour nous éduquent sur les différents types de trolls, leur habitudes et habitat, mais également sur la dimension bureaucratique qui entoure leur chasse. Formulaires multiples, cartes et autres documents officiels doivent être remplis afin de garder un oeil sur la population de ces bêtes et de s’assurer un suivi afin que leur existence ne soit pas révélée au public. Étrangement, c’est au bord de la route, en voiture ou dans un café que la magie s’opère véritablement. Nous n’avons pas besoin dans ces scènes de voir aucun troll pour croire en leur existence, une subtilité qui est perdue lorsque les personnages se retrouvent dans les bois à pourchasser les créatures aux côtés de Hans.

Comme je l’ai souligné plus haut, il y a également le jeu de caméra qui laisse à désirer. Un des attraits des films aux « bobines retrouvées », est les plans-séquences qui permettent de créer l’illusion que l’action s’est déroulée en temps réel et que nous sommes témoins d’évènements qui ont bel et bien eu lieu. Malheureusement, la caméra de The Troll Hunter est extrêmement nerveuse et change constamment de plan pour aller piger la réaction des personnages ou pour établir un environnement. En plus d’être excessivement irritant, on perd ce sentiment d’immersion qui accompagne ce genre de long-métrage. Il faut aussi mentionner que mis à part le personnage de Hans, la distribution reste de parfait inconnu et on ne tient pas vraiment à ce qu’il pourrait leur arriver. Cet aspect est très dommage puisque c’est par l’intermédiaire de leurs périples que l’on découvre l’univers des trolls.

Malgré ses faiblesses je ne pourrais qualifier The Troll Hunter de « mauvais film ». Le récit réussit par moment à nous surprendre et à venir réveiller une certaine magie en nous. Il aurait par contre gagné à être un peu plus peaufiné, s’éloigner de l’action pour adopter la découverte.

– Benoit Mercier

Festival Fantasia 2011, Jour 4: A Lonely Place To Die

Les amateurs de sensations fortes en ont eu pour leur argent hier soir lors de la projection de A Lonely Place To Die, un film du réalisateur britannique Julian Gilbey qui était sur place afin de présenter son long-métrage en première Canadienne. Pour ceux qui n’ont malheureusement pas eu la chance d’assister à la projection, imaginez le film Cliffhanger de Renny Harlin avec des personnages pour lesquels vous avez un véritable attachement, rajoutez s’y des scènes d’actions prenantes dans un paysage majestueux et vous vous rapprocherez de ce à quoi consiste ce Thriller à couper le souffle.

A Lonely Place To Die nous projette dans les hautes terres écossaises. On y suit cinq amateurs d’escalade qui ont choisi ce coin de pays reculé pour pratiquer leur sport favori. Leur excursion est soudainement chamboulée lorsqu’ils se porteront au secours d’une fillette prisonnière d’une boîte de bois enterré sous la terre. Sans le savoir, le groupe venait de contrecarrer les plans d’un duo de kidnappeurs qui a enlevé la jeune fille afin d’exiger une rançon à sa famille. Isolé, seul à des kilomètres du village le plus près et pourchassé par les criminels, le groupe d’amis tentera au péril de leur vie d’alerter les autorités.

Que les mauvaises langues se tiennent pour dit, le film de poursuite a encore quelque chose à offrir! Comme Gilbey lui-même l’a souligné avant et après la projection de son long-métrage, un film d’action peut être réfléchi et extrêmement crédible si on l’approche d’une façon intelligente. Ce qui motive les personnages et ce qui résoudra ultimement les situations périlleuses auxquelles ils sont confrontés doivent se résoudre de manière logique et non forcée. C’est exactement l’impression que nous avons lorsque l’on a passé au travers de la projection A Lonely Place To Die. Nous en ressortons avec la certitude que ses concepteurs ont fait leurs classes et que l’environnement, la montagne dans le cas présent, n’a pas été utilisé comme un simple gadget pour attirer le public en salle. L’oeuvre est traitée avec une telle véracité que cette dimension en devient littéralement effrayante lorsque l’on est témoins des séquences d’actions, que ce soit durant des scènes d’escalades ou lorsque les personnages sont pourchassés par les kidnappeurs armés de carabines à longue vue.

Le réalisateur Julian Gilbey a lui-même pris des cours d’escalade afin d’écrire le scénario et ça se ressent. Si vous n’avez pas le vertige, vous l’aurez assurément après les deux premières minutes. Perché à des centaines de mètres de hauteur, le réalisateur parvient à présenter la montagne dans toute sa splendeur, mais également dans tout ce qu’elle a de plus angoissante. Les scènes de cascades où les protagonistes sont constamment projetés au sol ou celles durant lesquelles ils se tiennent à bout de doigt sur le bord d’une corniche vous glaceront le sang. Il faut ici souligner la performance de l’actrice Melissa George, principale héroïne du film, qui n’offre rien de moins qu’une performance fantastique pour son rôle de Alison, une jeune femme alpiniste à la ténacité de fer.

Par contre, si la première partie du film nous garde en haleine, la deuxième est beaucoup moins efficace et tombe rapidement à plat. En effet, le premier volet du récit sait tirer avantage de nos peurs primaires comme le vertige, la claustrophobie, l’isolement et la peur d’être traqué. Malheureusement, le film prend un virage pour le pire dans son second en changeant totalement de registre. Une équipe de mercenaires chargés de retourner la fillette kidnappée entre en jeu et le tout prend davantage les allures d’une histoire typique de rançon. Ces dernières séquences du film se déroulent dans un village en plein carnaval auquel participent des centaines de personnes. On a du mal à sentir l’urgence si brillamment mise en scène au début de l’oeuvre. Même si cette partie du long-métrage déçoit, il reste que la finale demeure explosive et tout à fait satisfaisante.

À voir avec un petit sac de papier brun si vous avez le vertige et de l’antisudorifique pour ne pas indisposer vos voisins. Croyez-moi, vous allez en suer un coup!

– Benoit Mercier